CHASSE EN FRANCE

Par Antoine Gazai

Chasser les canards et oies de nuit avec appelants vivants!

La France métropolitaine se trouve sur de grands axes de migrations des canards et oies. Une multitude de zones humides permet à ces oiseaux de faire des haltes migratoires importantes voire d’y hiverner ?

Ancestrale, la chasse à la hutte au moyen d’appelants vivants et surtout de nuit est pratiquée dans de nombreux départements par des passionnés. Elle se déroule de la tombée de la nuit au petit matin avec les deux passées qui sont les meilleurs moments. Selon la météo, certains restent plus longtemps de jour. Outre l’utilisation de canards siffleurs ou de sarcelles d’hiver, c’est bien auprès du canard colvert qu’une pratique de sélection à vue le jour se déroule depuis très longtemps. Ils élèvent et sélectionnent pour ce faire des oiseaux très particuliers que l’on désigne alors par leur type de chant; court-cri, moyen cri, long cri voire mitraillette ? Ces chants sont uniquement le fait des canes, les mâles servent pour encourager leur compagne.

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Une hutte (cache) utilisée pour la chasse au canard de nuit avec des appelants vivants (A). L’intérieur d’une hutte (B).

Chaque appelant possède un rôle précis

Devant sa hutte, le sauvaginier va disposer en moyenne de 12 à 20 appelants vivants et selon la grandeur de son plan d’eau de plusieurs dizaines de formes désormais en plastique. Les appelants vivants seront disposés en formant généralement un W devant les guignettes de tir de la hutte que l’on nomme aussi tonne dans la partie sud et gabion dans la partie nord. On appelle alors ces chasseurs des tonnayres ou des gabioneurs voire tout simplement huttiers.

C’est donc une chasse de vrais passionnés qui rêvent, pensent, dorment et vivent en hutte de chasse tout au long de l’année!

La cane long cri placée en bout du jeu sert à faire venir les canards qui passent au loin, elle va alors faire un cancannement long et répété. Quand le vol de canards sauvages se rapproche et qu’ils deviennent intéressés par ces congénères posés sur l’eau, c’est au tour de la cane moyen-cri à entrer en action et la pose se fera alors grâce à la cane court-cri qui va les mettre en confiance. Le huttier joue sur le côté grégaire des anatidés. Dans certains secteurs, on peut entendre des canes dites mitraillettes qui vont émettre des cancanements répétitifs et rapides. Certains huttiers n’aiment pas du tout ce genre d’appelants.

Les appelants vivants de siffleurs ou de sarcelles d’hiver sont souvent positionnés dans des parges grillagées situées le long du plan d’eau, mais aussi parfois placés en ligne. Chaque appelant possède une bague qui sera reliée à un système d’ancrage avec ou sans planche de repos.

La chasse s’effectue avec un mélange d’appelants vivants et artificiels. Remarquez les planches de repos pour les appelants vivants.

Un chasseur français disposant ses appelants avant la passe du soir.

En plus des appelants vivants, selon les secteurs, le huttier va utiliser de nombreuses formes désormais en matière synthétique. Il fut une époque où le huttier sculptait ses propres canards en utilisant du bois flotté. Cet art populaire est maintenant recherché par de nombreux collectionneurs et plusieurs ouvrages mettent en évidence ce magnifique travail de sculpture.

Le huttier, un chasseur passionné et mordu

La chasse de nuit à la hutte demande de disposer du temps pour pratiquer. À l’automne et l’hiver compte tenu qu’il fait nuit à partir de 18 h, tout doit être en place dès 17 h pour ne pas louper la passée aux canards et le matin, on dételle ses appelants vers 9 h. Il arrive souvent que les huttes soient utilisées par plusieurs chasseurs ce qui permet à certains de pouvoir arriver plus tard ou de repartir au travail plus tôt. C’est une chasse de copains dite traditionnelle souvent décriée par les anti-chasses alors que le prélèvement moyen par hutte est insignifiant. Les bredouilles sont nombreuses pour x raisons: canard posé trop loin, brume, pas de mouvement d’oiseaux, trop de vent, clapot sur l’eau, etc.

Un armement spécifique

Le tir pour la chasse à la hutte demande une gerbe de plomb serrée sachant que désormais seule la cartouche à billes d’acier est autorisée contrairement aux cartouches chargées au plomb. L’efficacité en est moindre selon bon nombre d’amateurs. Le sauvaginier veut en tirant son canard qu’il soit séché sur place et non blessé. Plusieurs types d’armes sont utilisés, le fusil à deux canons juxtaposés avec étranglements serrés ou le fusil à trois coups à rechargement automatique. Pour le fusil à deux canons juxtaposés, certains huttiers utilisent un fusil dit canardier qui permet de faire partir les deux cartouches en même temps.

Côté optique, chaque arme est dotée d’une lunette de tir avec souvent un objectif de 7X50 ce qui permet une bonne visibilité la nuit venue. Chaque huttier est doté en plus d’une paire de jumelles sachant que la priorité est la reconnaissance parfaite de l’espèce qui s’est posée devant la hutte. L’identification des différentes espèces de canards se fait seulement par la connaissance du chasseur sur la forme de l’oiseau, son comportement sur l’eau et son chant. C’est donc une chasse de techniciens. Le tir d’une espèce protégée peut être lourdement sanctionné en cas de verbalisation. Rappelons que l’utilisation de sources lumineuses est interdite.

Les fusils utilisés pour cette chasse sont munis de lunette de visée aidant le chasseur à bien identifier les canards dans la quasi-obscurité.

Pour conclure, on peut dire que cette chasse de nuit à la hutte offre des moments exceptionnels avec en plus cette ambiance nocturne qui vous laisse toujours des souvenirs mémorables.

Cette chasse au canard traditionnelle la nuit qui nécessite de bien identifier les oiseaux est difficile et le prélèvement moyen par cache demeure faible.

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