UNE ANTILOPE EN AMÉRIQUE DU NORD… ET BIEN OUI !
CHASSE
HORS PROVINCE
Par Alain Cossette
QUI EST-ELLE
Des fossiles indiquent que sa présence remonte à l’époque du Miocène et qu’il y aurait eu 12 espèces à l’époque du Pléistocène. Aujourd’hui l’Antilope d’Amérique (Antilocapra americana) est la dernière survivante de la famille des antilocapridés et croyez-le ou non son plus proche parent est la girafe. Cette espèce endémique à l’Amérique du Nord est souvent mieux connue sous le nom d’antilope pronghorn.
En racontant mon expérience de chasse à cette espèce, je suis régulièrement surpris de constater qu’un bon nombre de personnes ne savent pas qu’il existe une antilope en Amérique du Nord et encore moins au Canada. Cette constatation m’a donc donné le goût d’écrire cet article.
UN PEU DE BIOLOGIE
Comme vous pouvez le constater, en regardant la photographie en ouverture de cet article et ci-contre, la coloration de son pelage est à dominance brun-roux alors que le blanc domine son ventre, l’intérieur de ses pattes, la portion inférieure de sa mâchoire et son croupion. Le mâle a un masque noir et des taches noires sur le cou alors que la femelle n’a pas de marques noires. De plus ses cornes sont aussi de coloration noire; ce qui en soi est une distinction en regard des cervidés. En passant les cornes des femelles sont très petites alors que celles des mâles sont de 25 à 30 cm.
Comme vous pouvez le constater, en regardant la photographie en ouverture de cet article et ci-dessous, la coloration de son pelage est à dominance brun-roux alors que le blanc domine son ventre, l’intérieur de ses pattes, la portion inférieure de sa mâchoire et son croupion. Le mâle a un masque noir et des taches noires sur le cou alors que la femelle n’a pas de marques noires. De plus ses cornes sont aussi de coloration noire; ce qui en soi est une distinction en regard des cervidés. En passant les cornes des femelles sont très petites alors que celles des mâles sont de 25 à 30 cm.
Les cornes de la femelle sont très petites et elle ne porte pas de taches noires sur la tête contrairement au mâle.
Cette espèce est grégaire et on peut même apercevoir en hiver des troupeaux pouvant compter un millier de tête. Le mâle est polygame et il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 16 mois, mais puisque ce sont les mâles dominants qui arrivent à se reproduire, ils se reproduisent vers l’âge de 5 ans. Une femelle pourra avoir entre 1 et 2 petits.
L’antilope d’Amérique est un animal grégaire qui peut se rassembler en troupeau de plusieurs centaines d’individus durant l’hiver.
Crédit : Wikipedia
Le poids d’un mâle se situe entre 41 et 64 kg alors que celui de la femelle est de 34 à 48 kg. En captivité la longévité de l’antilope pronghorn atteint les 11 ans et il y a même un mâle qui a survécu jusqu’à l’âge vénérable de 15 ans au zoo de Winnipeg.
Son excellente vision, de 300 à 320 degrés, lui permet de détecter les mouvements à plusieurs kilomètres; ainsi lorsque vous chassez ce gibier il faut en tenir compte dans les déplacements.
L’antilope pronghorn est l’animal terrestre le plus rapide d’Amérique du Nord; elle peut même atteindre les 98 km/h. Elle peut maintenir une vitesse de 88 km/h sur une distance de 1 kilomètre et de 72 km/h sur de grandes distances. Selon les scientifiques sa rapidité lui permettait d’échapper au guépard américain qui est disparu depuis 12000 ans. Sa vitesse est toujours d’actualité, car elle lui permet de se sauver de ses prédateurs tels que le loup, le coyote, le puma, le lynx roux, l’ours noir, le grizzly et même l’Aigle royal. Par contre cette prédation s’exerce principalement sur les jeunes.
SA DISTRIBUTION
La distribution de l’antilope d’Amérique se situe du côté ouest de l’Amérique du Nord. Quant au Canada, on la retrouve au sud de l’Alberta et de la Saskatchewan. À l’automne 2019, un spécimen de cette espèce a même été aperçu au Manitoba et ce phénomène devrait aller en s’accentuant dans le temps… Espérons qu’elle reviendra à nouveau dans un habitat qu’elle occupait jusqu’en 1886!
Quant à la situation de la population du Mexique, elle est précaire, car elle compte seulement 1200 individus et cela en raison de la destruction de son habitat, du surpâturage et du braconnage.
Elle habite des milieux naturels variés où le couvert boisé n’est pas dense; allant des plaines, des prairies, d’habitats semi-désertiques jusqu’aux montagnes allant à 33 000 mètres d’altitude.
Aire de répartition de l’antilope d’Amérique en Amérique du Nord.
Source : Wikipédia
ELLE A FRÔLÉ L’EXTINCTION
Et bien oui… Elle a heureusement réussi à échapper à sa propre extinction. À l’époque précolombienne, cette espèce était très commune, et cela de la Saskatchewan jusqu’au Centre du Mexique; sa population atteignait les 35 millions d’individus. OUI! OUI! Vous avez bien lu; sa population atteignait les 35 millions d’individus.
Par contre en 1915 l’antilope d’Amérique est venue proche de l’extinction avec aussi peu que 15 000 représentants et heureusement en 1938 sa population était en croissance. Actuellement sa population serait entre les 500 000 et 750 000 individus au Canada et aux États-Unis.
Je ne pouvais passer sous silence qu’en 1911 le Canada a été le premier pays au monde à instaurer le principe des parcs nationaux afin d’enrayer le déclin d’espèces. Parmi les premiers parcs à voir le jour ont été celui de Elk Island en 1913 et de Wood Buffalo en 1922; dont le but premier était de protéger des espèces telles que le wapiti et le bison des bois.
À ces deux parcs connus, trois autres furent créés durant cette période et spécifiquement afin d’aider à la survie de l’antilope d’Amérique. En Saskatchewan ce fut le Parc National Menissawok et en Alberta ce fut les parcs Wawaskesy et Nemiskam. Ces trois parcs couvraient une superficie de 235 kilomètres carrés et ils ont été clôturés afin de maintenir les troupeaux à l’intérieur pour mieux les protéger. La croissance a été rapide et cela a permis de lever l’interdiction de chasse en Saskatchewan en 1936. Si vous n’avez jamais entendu parler de ces trois parcs, c’est tout simplement en raison de leur abolition en 1947 suite au retour en force de cette espèce.
AMÉNAGEMENTS SPÉCIFIQUES RELIÉS À CETTE ESPÈCE
Puisque cette antilope préfère courir, elle évite de sauter les clôtures sur son passage; ainsi elle passe sous ces dernières lorsque c’est possible. Des études ont démontré que le fil du bas doit être lisse, sans barbelés et ne pas être installé à moins de 18 pouces de hauteur; cet aménagement a donné de grands succès au maintien des populations de cette espèce.
L’aménagement des clôtures avec la broche du bas à 18 po du sol et sans barbelés a grandement aidé les populations d’antilope qui préfèrent nettement passer sous ces dernières que sauter par-dessus.
Je ne pouvais pas m’empêcher de vous faire part d’une anecdote que j’ai vécue en Alberta il y a 25 ans environ. Alors que je conduisais, j’aperçois du coin de l’œil un cerf de Virginie qui était en train de courir à pleine vitesse dans un champ et j’ai alors avisé mes compagnons; l’un d’eux profite de l’occasion pour prendre sa caméra VHS afin de filmer la scène. Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux, j’aurais de la misère à croire ce qui s’est passé. Le cerf a traversé en sautant, les pattes étirées vers l’avant et cela à pleine vitesse, entre 2 fils barbelés pour passer devant nous sur la route et faire la même chose avec la nouvelle clôture se trouvant devant son chemin. Ne me demandez pas pourquoi, il en a fait de même pour retraverser plus loin ces deux clôtures et jamais par-dessus, mais toujours entre les fils barbelés; donc à quatre reprises. On n’aurait jamais vu cela si l’animal avait été une antilope. Je revois le tout dans ma tête en écrivant ces lignes. J’ai aussi vu un orignal sauter par-dessus une clôture lors de mon séjour de chasse à l’antilope en Alberta; mais cela n’a jamais été aussi impressionnant que ce que le cerf avait accompli devant nous.
Un orignal aperçu par l’auteur lors de son voyage de chasse à l’antilope, tout juste avant qu’il ne saute par-dessus une clôture.
Il est important de maintenir la connectivité des milieux dans les prairies, mais il reste qu’il y aura d’autres défis dans l’avenir; comme celui des hivers rigoureux et de la sécheresse.
MA PREMIÈRE RENCONTRE
En 1983 lors d’un voyage de fin de baccalauréat en ressources renouvelables dans le cadre du cours sur l’écologie des déserts aux États-Unis, nous avons eu la chance lors de ce voyage de retour d’apercevoir cette fameuse antilope dans l’état du Wyoming. Ce cours était sous la gouverne du fameux biologiste qu’était le docteur Roger Bider. Je m’étais alors dit qu’un jour j’aurais la chance de chasser ce gibier.
J’ai réussi à prendre en photo une femelle pour une première fois alors que je revenais, en 2011, d’une chasse aux chiens de prairies avec un de mes amis autochtones de la Saskatchewan. Je suis toujours émerveillé en pensant aux divers paysages que nous offrent les prairies canadiennes.
Femelle antilope immortalisée sur photo par l’auteur en 2011 au retour d’un voyage aux chiens de prairies en Saskatchewan.
Paysage croqué par l’auteur lors de son voyage en Saskatchewan.
LA CHASSE
C’est finalement en 2018 que j’ai eu ma chance de pouvoir réaliser ce rêve. Mais j’ai toujours pensé que j’irais chasser ce gibier au Wyoming étant donné le niveau élevé de la population et des services de guidage offerts. Mais c’était sans compter que j’ai eu la chance de rencontrer Dave Powell qui avait la même passion que moi pour la chasse dans sa globalité. Grâce à lui j’ai pu participer à des tirages au sort afin de chasser diverses espèces de gros gibier en Alberta sans avoir à payer pour des services de guide. La chasse à l’antilope est permise seulement dans la province de l’Alberta au Canada pour les non-résidents. Par contre en Alberta on peut aussi chasser, avec un résident, certaines espèces de gros gibiers, mais on doit être gagnant au tirage au sort. Là-bas vos chances augmentent avec les années selon les espèces et Dave m’avait fait savoir que cela prendrait environ 10 ans avant de pouvoir sortir gagnant et c’est exactement ce qui s’est passé. Je ne peux que lui être éternellement reconnaissant.
Ce sont souvent des tirs à longue portée que vous devez effectuer pour récolter une antilope; vous devez donc pratiquer votre tir avant la chasse et être à l’aise avec votre arme. Mon compagnon de chasse a un champ de tir privé dans sa cour et nous avons testé la 270 WSM jusqu’à 400 mètres la journée de mon arrivé.
La veille de l’ouverture de la chasse, nous avons été faire de la prospection et nous avons été en mesure d’apercevoir quelques mâles qui auraient bien fait mon affaire; c’était très encourageant pour ma chasse à venir. Quant à mon compagnon de chasse, ce dernier aime récolter des trophées et il est lui-même un mesureur Boone & Crockett.
Antilopes d’Amérique observées dans leur habitat naturel en Alberta.
Le lendemain alors que c’était l’ouverture à cette espèce, nous nous sommes dirigés vers d’autres territoires que ceux visités la veille; où il avait naturellement les autorisations requises. Dès que nous avons débarqué du véhicule, de l’autre côté d’un buton, nous avons entamé notre marche et surprise…Deux beaux mâles se battaient pour une femelle. La chasse venait d’ouvrir et voilà que déjà je récoltais; le chasseur que je suis venait de réaliser un rêve et en plus en récoltant un très beau spécimen. Un peu vite, mais je ne pouvais pas demander mieux. Je lui ai alors demandé pourquoi on n’était pas allé sur les sites que nous avions visités la veille. Sa réponse était assez simple, il avait constaté mon enthousiasme à récolter une nouvelle espèce sans égard à la qualité du panache de l’individu… Il n’avait pas tort. De là sa décision d’explorer un autre territoire qu’il connaissait bien et où il avait déjà eu du succès. En somme, il a eu raison de procéder ainsi et il a rendu un chasseur comblé.
Antilope mâle récoltée par l’auteur lors de son voyage de chasse en Alberta.
POURQUOI PAS UNE CHASSE À L’OIE RIEUSE
Que demander de mieux que de récolter une deuxième espèce et l’inscrire dans les nouveautés de ses récoltes personnelles. C’est ce qui m’est arrivé.
Lors de notre déplacement vers une autre région afin de chasser l’antilope, nous avons eu la chance de voir de nombreux troupeaux d’oie rieuse à l’aller et je ne pouvais que les admirer. La chasse ce n’est pas seulement de récolter, mais c’est aussi le bon moment d’apprécier la nature à sa juste valeur. Je fais ici référence à la diversité des paysages et de la faune qui la compose. Lors de celui-ci j’ai eu la chance d’observer des paysages à couper le souffle et de la faune que l’on ne retrouve pas au Québec tel que le Blaireau d’Amérique et de proche de surcroît.
Troupeau d’oies rieuses et blaireau d’Amérique aperçus par l’auteur en Alberta.
Je ne pouvais pas passer sous silence cette récolte. Vous devez savoir que j’avais avisé bien à l’avance mes compagnons de chasse à l’orignal que j’arriverais après 2 jours de retard, car je ne voulais pas manquer l’opportunité de chasser l’antilope et l’oie rieuse. Mais tout le scénario élaboré a été chamboulé, car le gagnant au tirage au sort pour chasser dans une réserve faunique est tombé malade et c’est moi à titre de substitut qui devait être présent dès le début du séjour. Par respect pour mes compagnons de chasse, j’ai écourté mon séjour en Alberta et je n’ai pu participer à une chasse avec appelants à cette sauvagine comme prévu. Par chance, sur le chemin du retour nous avons aperçu une ligne de vol de ces oies et j’ai pu m’embusquer dans les arbres afin d’en récolter une; que j’ai d’ailleurs fait naturaliser à mon retour.
Oie rieuse récoltée in extremis par l’auteur à la fin de son séjour en Alberta.
CONCLUSION
2018 a été une année que je ne pourrais pas oublier, car j’ai récolté une espèce mythique, l’antilope d’Amérique et une espèce que je recherchais, l’oie rieuse. Que de bons souvenirs! Je me dois de mentionner et ne peux m’empêcher de reconnaître que je suis un chasseur gâté par la vie!
Superbe paysage que l’auteur a eu la chance d’admirer lors de son périple en Alberta.